Qu’est-ce qui se passe quand on a dédié une partie de son enfance et de son adolescence au sport de haut niveau, mais qu’arrivé à l’âge adulte, on décide de prendre un autre chemin ?
Flora Lacoste aurait pu consacrer sa vie au tennis. Mais finalement, après des années sur les cours, elle a choisi une voie différente. Cette jeune femme à l’énergie aussi solaire que communicative s’est construite autant avec que contre le tennis. Un parcours inspirant où le plaisir, la connaissance de soi et la récupération occupent une place centrale.

De la cour de récré aux courts de tennis : naissance d’une passion
L’enfance et l’adolescence de Flora ont été façonnées par le tennis. Ses premières balles, elle les tape à 7 ans. Et si au départ elle confie que c’était pour elle un loisir, elle se prend progressivement au jeu.
C’est que, dans les yeux de Flora brille l’éclat de la détermination, et le tennis lui offre l’opportunité de se challenger jour après jour.« Il faut être honnête : quand on débute au tennis, on rate toutes les balles.On commence par essayer de faire des coups de plus en plus intéressants. Ensuite on cherche à appliquer de l’effet, et à trouver les zones qui mettent l’adversaire en difficulté. Tout ça se construit progressivement, avec l’entraînement. Au début, l’objectif c’est de placer deux fois la balle au même endroit. »
Et un jour, Flora a le niveau pour faire un premier tournoi. Elle raconte, dans un éclat de rire : « Quand tu commences à jouer, à remporter des matches, forcément, ça donne envie de continuer. J’aimais gagner, j’ai l’esprit de compétition. Après, tu perds et ça aussi, ça t’apprend.Mon jeu était assez adroit, donc je réussissais bien. J’adorais ça. »
La jeune femme a atteint un si bon classement qu’elle est partie en sport études tennis. « Je m’entraînais beaucoup moins que d’autres filles qui avaient pourtant le même classement que moi. J’arrivais à un âge charnière, et j’ai voulu voir jusqu’où je pouvais aller, comment je pouvais encore progresser.J’ai complètement adapté ma scolarité. Pendant deux ans, j’ai suivi des cours par correspondance pour pouvoir m’entraîner. »
Se construire avec des balles et une raquette
Faire autant de sport aussi jeune interroge. Mais pour Flora, le tennis a joué un rôle essentiel dans une période de la vie où on cherche son identité. « J’ai pu évoluer dans un environnement qui correspondait à ce dont j’avais besoin à ce moment-là. J’avais tendance à beaucoup me remettre en question, je manquais de confiance en moi. J’avais l’impression d’être nulle, de ne pas être à la hauteur. Finalement je me suis rendu compte que je jouais bien, et que je progressais vite. J’avais des retours positifs sur mon jeu. »
L’ironie ? Son entourage lui disait que son jeu allait beaucoup vers l’avant, qu’elle était ancrée sur ses appuis, qu’elle était particulièrement solide et qu’elle « envoyait ».Il n’y a pas de meilleure manière de décrire Flora !
Pourtant, si cette période semble l’avoir aidée à se construire, elle n’était pas exempte de difficultés. « Je n’ai pas si mal vécu cette phase, parce que j’ai gagné en intensité de frappe. Au tennis, la répétition et la régularité sont la clé du progrès. Je me débrouillais bien en classe. Et humainement, j’ai expérimenté des choses très enrichissantes. Mais concilier le sport et l’école, c’est vraiment très dur. J’étais en internat, et il y avait un planning très strict à suivre. J’étais souvent très fatiguée. Pendant cette période, j’ai pris trois classements, mais, quand j’ai eu 17 ans, j’ai eu la sensation d’avoir atteint un plateau. C’est là que j’ai commencé à me poser des questions sur la suite. Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je continue ?Je ne trouvais plus de sens à ce que je faisais. »
Se (re)construire après la compétition ?
Passer pro ? Flora est lucide. « J’avais conscience que mon classement n’était pas assez bon par rapport à mon âge. Jouer en professionnel, c’est quelque chose dont on rêve quand on a 8 ou 9 ans. Mais en réalité, c’est souvent un truc que les parents transposent sur nous. Je ne m’excuse pas d’avoir fait tout ça, mais moi, je voulais faire des études. »
Pratiquer toujours plus quand le sens n’y est plus a été douloureux pour Flora : « Le tennis était devenu une corvée.Quand je prenais ma raquette, je ressentais une forme de pression . J’avais arrêté les cours par correspondance en terminale et la reprise a été difficile. Après deux ans dans un microcosme où nous étions 12, il a fallu que je me réadapte. La gestion du temps était tout à fait différente. Le tennis était une priorité, mais une priorité parmi beaucoup d’autres. Il a fallu que j’apprenne à garder du gaz pour ne pas m’endormir sur mes cours, pour maintenir mes notes au niveau, et pour avoir une vie sociale. Rester 8 à 9 h sur une chaise sans bouger, c’était vraiment dur. J’ai vécu mon année de terminale comme une transition qui m’a permis de trouver un nouvel équilibre. »
Pendant ses études supérieures, Flora rompt avec le tennis : « j’en avais marre. Et j’ai dû gérer plein d’autres choses dans ma vie, alors j’ai posé ma raquette pendant presque deux ans. Jusqu’à ce que j’arrive à Bordeaux où je vis aujourd’hui. » Une démarche qui la enrichi sa connaissance d'elle-même. « Le plus dur, c’est d’apprendre à jouer pour soi. Dans le haut niveau, j’ai l’impression qu’il y a souvent cette tendance à jouer pour ses parents ou ses proches. Désormais, je ne joue que parce que ça me fait plaisir. Personne ne m’oblige à quoi que ce soit. Je suis plus détendue, même si je n’ai plus le niveau que j’avais il y a quelques années. Je vais reprendre les tournois et les matches en équipe. »
Faire du tennis un kiff grâce à la récupération
Désormais, la jeune femme arrive parfaitement à concilier sa vie professionnelle, sa vie personnelle et sa vie sportive. Son secret ? « J’ai une approche systémique de la récupération ! »
Flora envisage la récupération en plusieurs axes, qui raisonnent sur tous les aspects de son quotidien. Une méthode qu’elle a construite en même temps qu’elle apprenait à connaitre son corps et à écouter ses ressentis.
« Faire du sport participe à mon équilibre global. J’en ai besoin. Et j’ai la chance d’avoir une activité professionnelle qui m’accorde une certaine souplesse. Je diversifie mes pratiques : je vais à la salle, je cours, je fais du yoga. Quand on fait beaucoup de sport,c’est vrai qu’on a toujours un peu mal quelque part. Mais dès que je ressens quelque chose d’inhabituel, que je suis plus fatiguée que d’ordinaire, j’accepte de me poser. Je prends le temps de faire quelque chose qui me fait du bien. Je regarde une série, je passe un moment avec mon chien. C’est important de couper. En revanche, si c’est juste la flemme qui fait que j’ai du mal à sortir les fesses de mon canapé, je me force.
La récupération passe aussi par le sommeil. Ce n’est pas simple quand on a un travail prenant et une vie sociale bien remplie. Mais j’essaie de dormir au moins 7 à 8 heures par nuit.
Tout ce que jai vécu m’a généré beaucoup de stress et d’anxiété. Aujourd’hui, j’ai un rapport plus sain au sport. J’écoute les signaux que m’envoie mon corps. Je sais quand et comment il somatise. En ce moment, par exemple, j’ai mal au dos parce que je suis fatiguée. Alors, je vois des kinés et des ostéopathes. Je m’autorise à souffler, littéralement. Et j’écris ! C’est utile pour tout. Quand je me sens débordée, je pose tout ça sur le papier et ça me permet de prendre de la distance. »
Flora conclut « j’ai une histoire à la fois dense,faite de hauts et de basavec le sport. Mais j’aime me rappeler que c’est ce qui fait que que j'ai tant de plaisir à joueraujourd’hui.Désormais, le tennis, ce n’est que du kiff pour moi. J’aime me dépasser, et ma pratique nourrit ma motivation.Elle m’aide à me fixer des objectifset à me recentrer, jour après jour ! »