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Catégories : RGENtec Stories

Yanis Debaud "Dans la performance, le chemin est plus gratifiant que l'arrivée"

De rugbyman semi-pro à prodige de l’Ultra-Trail : le parcours de Yanis Debaud impressionne. Portrait d’un membre de la team RGENTec, qui a fait de son ambition et de son goût du défi un levier pour dépasser tous les obstacles.

Yanis Debaud ultra trail

Crédit Photo Krizotof

Du Rugby à l’Ultra-Trail : une histoire de détermination et d’ambition

En 2023, Yanis Debaud était un jeune rugbyman prometteur. Mais pendant un match, c’est l’accident. Son nerf sciatique est touché, et en dessous de son genou droit, en dehors de son mollet, ses muscles ne fonctionnent plus. Il ne peut ni lever ni stabiliser son pied.

Pour l’équipe médicale qui l’accompagne pendant sa convalescence, l’objectif c’est que Yanis remarche. Mais le jeune homme n’est pas fait de ce bois-là. Un an à peine après son accident, il court son premier marathon. « J’avais besoin d’un coup de pied aux fesses. Je ne pouvais pas me contenter de marcher, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Sauf que, pendant ma préparation, je me suis rendu compte que la route, ça ne me bottait pas trop ». Yanis se lance dans le trail. Il se met en tête de faire cette course mythique dans les Alpes, de 174km et 9900 mètres de dénivelé positif, et se retrouve embarqué avec la Team Adaptive de Boris Ghirardi. Modeste, il confesse « Là aussi je me suis préparé pendant une année. Mon but c’était juste d’être finisher. Et non seulement j’ai réussi, mais en plus j’ai fait tout ça en moins de 36h ! ». C’est comme ça que fonctionne Yanis : « Quand je me fixe un objectif, je pense aux challenges que j’ai relevés. Je m’étais dit que si je terminais cette course, je serais un surhomme. Désormais, je sais que 36h c’est à ma portée, alors pour l’an prochain, je vise moins de 30h. »

Yanis est ambitieux et a le goût du défi. C’est certainement là que réside le secret de sa détermination. « Quand je me fixe un objectif atteignable, ça manque de saveur. Je suis convaincu que je vais y arriver, ça ne me cause pas de stress et rien ne me pousse à aller m’entrainer. Si je me suis autant investi, c’est parce que je doutais que ce soit possible. » Son accident et ses débuts dans le trail ont redéfini sa vision de la performance. « Depuis tout petit, j’ai toujours pratiqué le Rugby à fond. Il fallait que je trouve un autre moyen de vivre cette intensité. Au Rugby, quand on fait un bon match, on peut dire que c’est grâce à nous. Quand on fait un mauvais match, on peut reporter la responsabilité sur l’équipe. En trail, tu es seul avec ta performance. Au début, j’étais très frustré par mes résultats. Je ne voyais que ce que j’avais perdu. Mais j’ai fini par faire la paix avec ça. Mes objectifs, c’est moi qui les fixe. C’est moi qui décide ce qui est réussi et ce qui est raté. »

Le jeune homme est conscient que sa vision de la performance est particulièrement exigeante. « L’Ultra-Trail est une discipline humainement invraisemblable. Ça ne fait pas que du bien au corps. Mais je commence à bien connaitre le mien. Mon pied droit est dans un sale état, et je dois en prendre soin ».

Celui qui court avec une orthèse

Yanis Debaud Trail Handisport

Crédit Photo Krizotof

Pour compenser son handicap, Yanis court avec des orthèses qu’il tente d’apprivoiser.

« Je n’ai pas encore fini de m’adapter niveau matériel. On est très mal informés sur ce qui existe et sur ce à quoi on a droit. J’ai commencé à courir avec des orthèses que j’achetais en pharmacie. C’est comme ça que j’ai fait le marathon, et que j’ai fait toute ma préparation Ultra-Trail, juste avec des sortes d’élastiques qui relevaient mon pied. Fin 2024, j’ai appris que j’avais le droit à une orthèse carbone, bien plus performante. Ça change la vie, mais ce n’est pas parfait. J’en avais deux, et je les ai cassées pendant ma course. Il me faudrait un appareillage adapté au sport, mais ce n’est pas pris en charge. Alors, pour le moment, quand ça casse, je rafistole et j’envoie à l’atelier. En attendant d’avoir un équipement adapté au trail, je porte une semelle en carbone. Deux mats remontent le long de l’extérieur de ma jambe, jusqu’au-dessous du genou. Mon pied est maintenu, mais ça frotte sur mon mollet et sous mon pied. Je finis toutes mes courses avec des brûlures et des écorchures. » Une bonne partie du travail de récupération de Yanis Debaud est ainsi consacré à prendre soin de la peau de sa jambe et de son pied droit. « J’ai utilisé la bye bye burn pendant tout l’été. Après ma reconnaissance de l’Ultra-Trail, j’en ai mis tous les jours, sur les zones brûlées par l’orthèse, ainsi qu'au niveau de l’entrejambe. Il fallait à tout prix que ma peau se remette vite, parce que j’allais enchainer de grosses semaines. Au début on se dit juste que ce sont de petits échauffements, mais mentalement c’est vraiment prenant. Cette crème m’a sauvé ! »

En plus de s’occuper de sa peau, Yanis apprend aussi à la pression qu’il se met. « Pendant des mois, je me suis restreint sur la nourriture et sur les entrainements. Maintenant je fonctionne un peu plus à l’intuition. C’est moins carré, et peut-être moins efficace, mais psychologiquement, ça fait du bien de lâcher ! »

Le trail et le para sport comme projet de vie

D’espace pour souffler, Yanis en a besoin : après avoir stoppé ses études de kiné suite à l’accident, il a repris ses études en septembre, pour devenir orthoprothésiste. « Je suis porté par ce projet professionnel. Je suis très bien placé pour comprendre ce que ça vaut un bon appareillage. En tant qu’orthoprothésiste, mon job sera d’accompagner les personnes pour qu’elles aient des appareillages adaptés à leurs besoins. Avec des orthèses et les prothèses, les patients cherchent à reprendre une vie comme avant, sans restriction, mais je pense que le sport n’est pas suffisamment inclus dans ces réflexions-là. C’est un volet du handicap qui n’est pas suffisamment pris en compte. » Et comme si ça ne suffisait pas, il s’est aussi lancé le défi de courir la Veni Vici, le 8 novembre. 82 kilomètres, 2200 D+, entre Nîmes, le Pont-du-Gard et Uzès. « J’aimais bien l’idée de faire cette course, elle est juste à côté de chez mes parents et de beaucoup de mes potes, où je vis en ce moment. Ma préparation va être un peu chaotique parce que j’ai repris les cours à plein temps et qu’il a fallu trouver une autre organisation pour l’entrainement. Mais mentalement, je crois que je suis plus heureux quand je suis fatigué que quand je ne me suis pas entrainé. Rentrer à la maison pour me coucher à 21h, ça ne me dérange pas tellement ! »  

Une vie intense, qu’il ne vit pas comme une contrainte : pour Yanis, le chemin est plus gratifiant que l’arrivée.

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