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Remettre le soin de la peau au cœur des préoccupations des sportifs

La peau est notre organe le plus grand et le plus lourd. Pourtant, elle est souvent mise de côté par les sportifs. C'est pour la remettre au cœur des préoccupations que Stéphanie Leclerc-Mercier a lancé son association Dans la Peau des Sportifs. 

Stéphanie Leclerc-Mercier RGENTec

La peau, la grande oubliée des sportifs ?

La peau est l’organe le plus vaste et le plus lourd du corps humain. Elle est notre première barrière contre toutes les agressions extérieures. Elle joue un rôle central dans la thermorégulation. Elle participe à l’évacuation de toxines et autres déchets de notre organisme. Elle synthétise la vitamine D, essentielle à la qualité des tissus osseux et musculaire et au renforcement de notre système immunitaire.

Est-ce qu’on s’imagine faire sans elle ? Bien sûr que non. Mais alors pourquoi est-elle aussi peu prise en compte dans la routine de préparation et de récupération des sportives et des sportifs ? Que risque-t-on à ne pas s’en préoccuper autant qu’on le devrait ? Et justement, comment en prendre vraiment soin et la préserver ?

Stéphanie Leclerc-Mercier est dermatologue, en cabinet et à l’INSEP, et présidente de l’association Dans la Peau des Sportifs. Son objectif ? Faire de la pédagogie et de la prévention sur toutes les problématiques dermatologiques que peuvent rencontrer les athlètes, du plus haut niveau jusqu’aux grands débutants.

« Je fais beaucoup de trail et de randonnée. Depuis des années, je vois des coureurs qui bataillent avec des problèmes de peau, entre les ampoules, les frottements et les brulures. Le pire, ce sont ceux qui se font cartonner par les UV. Les pratiquants rajeunissent et c’est très bien. Mais ils continuent à ne pas se protéger comme ils le devraient, et je suis convaincue que je finirai par en recevoir certains dans mon cabinet dans dix ans. En tant que dermatologue, je sais ce qu’il faut faire pour les prévenir. Et je pratique l’outdoor comme eux. Je suis bien placée pour faire passer un message. »

Prendre soin de sa peau quand on fait du sport : une question de santé

Les adeptes de l’outdoor sont en effet particulièrement susceptibles de faire face aux risques liés aux UV et donc aux cancers cutanés.

Ils ont tendance à s’exposer beaucoup, et trop souvent entre 11 h et 16 h, alors que le soleil est le plus agressif. En plus, la transpiration accroît la capacité d’absorption des UV, ce qui accélère la survenue des coups de soleil. Pour ceux qui aiment la montagne, c’est encore pire. Le risque augmente en même temps que l’altitude. Tous les 1000 mètres, nous recevons 10 % d’UV en plus.

Chez les sportifs assidus, le système immunitaire est modifié par l’exercice intense ou les traumatismes tissulaires répétés. Quand on sait qu’une exposition prolongée au soleil modifie elle aussi l’immunité, on comprend qu’on est face à un cocktail qui favorise le développement des cancers de la peau.

« Les UV sont responsables d’environ 80 % de ces cancers cutanés , et un seul coup de soleil avant l’âge de 15 ans suffit à doubler le risque de développer un mélanome », rappelle Stéphanie Leclerc-Mercier. Et dans tous les cas, les UV endommagent irréversiblement l’ADN des cellules de l’épiderme, entrainant un vieillissement prématuré.

Au-delà du soleil, la peau est mise à rude épreuve par le sport : les vêtements, les chaussures, certains accessoires créent des abrasions et des ampoules souvent négligées, alors qu’elles ont un impact énorme sur la pratique et la performance, et qu’elles peuvent s'infecter.

Dans la peau des sportifs : une association qui vous veut du bien

L’association Dans la Peau des Sportifs veut fédérer un maximum de professionnels de santé et du sport. Mais elle cherche aussi (surtout ?) à faire de la prévention et à changer la manière dont les pratiquants considèrent leur peau.

« La culture du bronzage est encore très présente chez les sportifs. Ça reste une injonction sociale puissante, alors que c’est un vrai danger. Ce n’est pas toujours simple d’aborder ce sujet avec eux. Parler de crème solaire et de protection UV, c’est rébarbatif, un peu rabat-joie. Nous y allons progressivement, en commençant par des choses qui leur semblent plus concrètes, comme les ampoules ou les frottements » explique Stéphanie Leclerc-Mercier.

L’autre cheval de bataille de l’association, c’est la lutte contre la désinformation, et la valorisation des bonnes pratiques.

« Il y a certains créateurs de contenu sur les réseaux sociaux qui prennent la parole sans compétence et délivrent des informations erronées. C’est assez fréquent, surtout en ce qui concerne la protection solaire. Ce que nous voulons, c’est communiquer sur les mêmes canaux, pour délivrer une information juste et scientifiquement vérifiée. Même si nous avons conscience qu’on ne pourra pas convaincre tout le monde, nous allons répéter les mêmes messages pour faire le plus de prévention possible. »

La dermatologue sourit « je ne me voyais pas spécialement comme une influenceuse quand j’ai commencé ce projet sensibilisation des sportifs, mais force est de constater que les réseaux sociaux restent un excellent canal pour toucher un maximum de gens. Je n'y suis pas pour accumuler les followers mais pour passer des informations justes et utiles"

Des conseils que l’association compte également transmettre sur le terrain, en travaillant avec les fédérations, les événements sportifs, des marques de produits cosmétiques, mais aussi les congrès médicaux.

"Les lésions dont peuvent être victimes les sportifs, tous les dermatologues les connaissent. Ce qu’il faut, c’est agir en amont, et savoir faire passer les bons messages. La prévention est au cœur de tout. L’association, et le fait qu’elle soit portée par des dermatologues et d’autres professionnels de santé nous donne la légitimité dont nous avons besoin. »

Les bons conseils de Stéphanie Leclerc-Mercier.

comment protéger sa peau quand on fait du sport à l'extérieur ?

Et ces conseils, justement, quels sont-ils ?

Préparez une trousse de secours pour votre peau

Elle contiendra votre crème solaire avec protection UVA et SPF50+, une crème anti-frottements, une crème cicatrisante, des pansements hydrocellulaires, une bande collante, des compresses stériles, un antiseptique et un nettoyant doux.

Prenez soin de vos pieds

« Pour tous les sports autour de la course ou du trail, le premier conseil que je donne, c’est de roder vos chaussures. Le jour où vous avez une compétition, mettez des chaussettes que vous avez testées. Si elles sont mouillées, changez-les. Avant de partir, mettez une crème anti-frottement. Il existe plusieurs textures différentes : faites le test pour juger laquelle vous convient le mieux, ainsi que la quantité nécessaire.

Je répète aussi très souvent aux personnes qui courent d’aller voir un podologue. Faites vérifier vos pieds, vos ongles, les peaux épaisses, les peaux rugueuses. Faites-les traiter. Au bout d’un moment, vous saurez reconnaître et parfois gérer certaines problématiques."

Traitez les ampoules

Si les ampoules surviennent, « on les nettoie avec un produit lavant doux, sans savon. On sèche avec une compresse propre, en tamponnant doucement. Si la bulle est encore là, on la laisse, parce qu’il n’existe pas de meilleur pansement. Si vous n’avez rien de prévu après, vous pouvez aider la cicatrisation avec un corps gras. Si vous devez quand même repartir, essayez de voir si un podologue est présent sur le ravitaillement. Si vous ne trouvez personne, vous pouvez éventuellement utiliser un pansement hydrocellulaire (ceux qui ne collent pas et font un « petit coussin confortable ». Assurez-vous de bien le fixer avec des bandes autocollantes, pour ne pas qu’il glisse et que ça crée une nouvelle ampoule. » 

Apaisez les frottements.

« Lorsqu'ils sont minimes, une crème réparatrice et cicatrisante suffit. Quand c’est vraiment abrasé, comme ça peut arriver avec une brassière, un sac à dos ou une ceinture cardio par exemple, on applique un pansement hydrocellulaire qu’on fixe bien pour pouvoir remettre son équipement si on n’a pas le choix et qu’on doit repartir. »

Protégez-vous du soleil

« Décalez votre pratique si vous le pouvez, pour sortir avant 11 h et après 16 h. Avant de partir, vérifiez l’indice UV sur votre application météo. À partir de 3, la protection solaire est obligatoire et doit être optimale à partir de 6.

Un vrai bon conseil, c’est de vous couvrir avec des vêtements au maximum.

Choisissez une crème SPF 50+ qui inclut une protection contre les UVA. Pour le visage et le cou, on recommande l’équivalent d’une cuillère à café. Pour le corps entier, 30 ml à réappliquer toutes les deux heures. Plus souvent quand on transpire. C’est vraiment beaucoup plus ce qu’on a l’habitude de mettre, explique Stéphanie Leclerc-Mercier. Si vous voulez mettre moins de crème, mettez plus de vêtements.

En compétition, profitez des ravitaillements pour vous remettre de la crème ou demander à votre assistance de le faire. Surtout si vous êtes en montagne. »

Et pour apaiser les coups de soleil ?

« Quand on a un coup de soleil, c’est déjà trop tard, se désole la dermatologue. Tout ce qu’on peut faire, c’est soulager un peu la douleur, avec une douche fraiche ou une crème apaisante émolliente, mais les dommages sont là, et on ne peut plus rien faire. Le mieux, ça reste de ne jamais en attraper. Et c’est possible, même sur de la très longue distance, et même en montagne. Je fais des sorties de plus de 8 h et je n’en attrape jamais ! »

Cassez les codes

« Mon meilleur conseil pour avoir bonne mine tout en protégeant ma peau au maximum ? Certainement pas bronzer ! C’est déjà endommager sa peau, la faire vieillir prématurément et augmenter le risque de développer un cancer. Alors, le mieux si vous voulez avoir le teint doré, c’est encore d’investir dans une poudre bronzante ou une crème auto-bronzante ! »

Retrouvez Stéphanie Leclerc-Mercier et l’association dans La Peau des Sportifs sur LinkedIn et sur Instagram, et à la Mecque du Trail à Chamonix cet été 2026.

@the_outdoor_dermato

@dans_la_peau_des_sportifs

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