crédit photo Jérôme Habasque
La course minimaliste à l’aire des chaussures carbone : histoire d’une transition
Olivier Maria, c’est le mec qui court en tong. Il s’est construit une petite notoriété dans le monde du running et du trail non seulement parce qu’il court vite, bien et longtemps, mais aussi parce qu’il le fait soit en sandales, soit pieds nus. Quand on l’observe enchaîner les kilomètres les orteils à l’air et un sourire qui va d’une oreille à l’autre, on pourrait se demander s’il n’est pas un peu fou.
Le fait est que non, bien au contraire.
Sa pratique de la course minimaliste est le fruit d’un parcours réfléchi, d’une philosophie qui irradie dans toutes les facettes de son quotidien, et d’un engagement solide vis-à-vis de son corps et de l’environnement.
« J’ai commencé à courir en 2015. À l’époque, je n’y connaissais pas grand-chose, alors je me suis rendu dans une grande enseigne multisport pour m’acheter des baskets. J’ai choisi la paire la plus chère du magasin, en me disant que ça devait être la meilleure. C’étaient de grosses chaussures, et ça m’avait l’air d’avoir du sens. Mais comme je suis un boulimique d’information, j’ai commencé à me renseigner, et c’est là que je suis tombé sur Born to run . Dans cet ouvrage, Christopher McDougall raconte comment il va à la rencontre d’une tribu d’Indiens du Mexique qui courent pieds nus. Même si la réalité est bien plus nuancée que ça, il y a quelque chose d’un peu mystique dans ces histoires de blessures qui disparaissent à partir du moment où on abandonne ses chaussures.
Au même moment, j’ai découvert la Clinique du Coureur , une source qui continue de m’alimenter encore aujourd’hui. Ils recommandent de démarrer la course avec des chaussures fines et légères, parce que c’est comme ça que l’on construit une foulée efficace. J’ai donc ces deux discours, un très inspirant et philosophique, et l’autre plus technique et scientifique, et je me dis qu’il faut que j’essaie. »
La bascule d’Olivier vers la course minimaliste est entamée. Le minimalisme, c’est une pratique des sports, tels que le running ou le trail avec des sensations qui se rapprochent des pieds nus, avec une grande proximité avec le sol.
« J’ai commencé avec des chaussures grand public. À l’époque, on en trouvait assez facilement des légères, souples et avec des semelles fines. Il y en a certaines que j’aimais tellement que je les ai usées jusqu’à la corde. Petit à petit, je suis passé sur des marques spécialisées, et c’est là que j’ai découvert mes fameuses sandales. C’était il y a 5 ou 6 ans, et je ne les quitte plus. »
La course minimaliste, ou apprendre à courir pour soi.
Passer des chaussures maximalistes au zéro drop ne se fait pas du jour au lendemain. Même pour Olivier Maria, qui s’y est mis tout de suite après avoir débuté en course à pied, il a fallu du temps. Il est d’ailleurs très prudent : s’il clame haut et fort que rien ne le rend plus heureux que courir pieds nus ou en sandales, il explique que c’est une démarche longue et progressive, dans laquelle on ne doit pas se lancer à la légère. La course minimaliste modifie la foulée. S’y mettre est exigeant, surtout pour les mollets, et peut prendre plusieurs mois.
Pourtant, ce n’est pas ce qui a été le plus compliqué pour Olivier Maria. Il confie : « J’étais dans un club d’athlétisme, et, à cette époque, j’avais des chaussures très fines, qui ressemblaient à des chaussons de danse. Je ne les assumais pas vraiment, alors, dès que j’étais à l’entrainement ou avec d’autres personnes, je remettais mes chaussures traditionnelles par peur des remarques. J’ai mis des années à oser les sandales, je craignais qu’on me prenne pour quelqu’un de bizarre. On vit dans une société où on a besoin d’être accepté. Même encore aujourd’hui, je me dis que je vais être le seul en sandales et je me demande comment on va me regarder. Si je me blesse ou si je fais un mauvais chrono, il y en a toujours pour dire que c’est parce que je suis en sandales. »
Il suffit d’un tour sous son compte Instagram pour comprendre d’où viennent ses craintes : sous un post où il raconte comment il a battu son record personnel sur un semi-marathon, on tombe rapidement sur des commentaires qui suggèrent qu’il aurait pu courir plus vite s’il avait été chaussé.
Heureusement, il en faut plus à Olivier pour se décourager. Rien n’est plus plaisant à ses yeux que de dérouler les kilomètres pieds nus ou quasi nus.
La performance, une foulée après l’autre
Olivier Maria est attentif aux bienfaits de la course minimaliste sur son corps.
« Le minimalisme oblige à prendre une bonne foulée. Les chaussures traditionnelles, avec beaucoup d’amorti entrainent une foulée plus lourde, qui fait du bruit au sol. Courir pieds nus, sur une piste d’athlétisme, dans l’herbe ou sur du sable, change ça, sinon l’onde de choc sur ton talon se propage jusque dans tes dents. En supprimant l’amorti de tes chaussures, tu apprends à acquérir une bonne foulée pour ton corps. Il aura l’intelligence d’adopter une posture plus protectrice, moins bruyante, plus légère. »
Mais il reste toujours prudent : « On dit parfois qu’on se blesse moins en minimalistes. Je ne sais pas si c’est vrai. En revanche, ce qui est sûr, c’est que, peu importe les chaussures, on se fait souvent mal dès qu’on veut faire trop vite, trop fort ! J’étais le premier à me dire qu’il fallait faire 10 km à chaque sortie, sinon rien. Alors qu’en réalité, chaque sortie, quelle que soit sa durée, est bénéfique. Courir, même si c’est un ou deux kilomètres, ça fait du bien. Ce qui compte, ce n’est pas de faire plus, c’est surtout de reprendre possession de son corps, et de comprendre comment il fonctionne. Le minimalisme m’a permis de renouer avec ce côté primitif et naturel de la course. Quand j’ai battu mon record en semi-marathon, je n’avais aucun enjeu. Je me suis juste dit que ça pourrait être rigolo de le faire sans chaussures, et j’ai été super content d’avoir couru aussi vite. »

Avec un bénéfice supplémentaire, notamment pour la santé de ses pieds.
« J’ai fait un célèbre Ultra-Trail dans les alpes, et je suis convaincu qu’à la fin de la course, j’étais la personne avec les pieds en meilleur état. Déjà, j’avais tous mes ongles. Et mes pieds n’ont pas passé 30 heures à macérer dans des chaussettes humides. Je n’ai eu quasiment aucune ampoule, et quand j’en ai eu, comme j’ai les pieds à l’air tout le temps, elles sèchent super vite. La peau de mes pieds s’est tannée. Elle est plus épaisse et plus solide. Certes, après 40 h à courir dans la montagne, mes pieds étaient douloureux, mais après un peu de repos et quelques massages, ça allait bien mieux. Quand on voit le nombre d’abandons sur ce type de courses qui sont dus à des maux de pieds, ça interroge.
En revanche, après 21 kilomètres pieds nus sur du bitume, là, j’avais des ampoules pas très belles à voir. J’avais du mal à marcher. Ça faisait déjà quelques mois que j’utilisais le shock and rollpour apaiser les douleurs au niveau de mes mollets et de mes quadri, parce que j’adore l’effet massant du roll-on. Mais là, j’ai nettoyé mes pieds, puis je les ai massés avec la bye bye burn, et ça m’a fait un bien fou.
Du coup, je m’en sers tout le temps. Même en préventif, en particulier sur les fesses et les cuisses avant de faire des épreuves d’ultracyclisme, c’est presque un petit miracle, et j’apprécie d’autant plus que la marque correspond à mes valeurs, notamment en termes d’écoresponsabilité »
La course minimaliste d’Olivier Maria, un engagement maximal
La manière dont court Olivier Maria raconte beaucoup de lui, et de ses engagements personnels.
Je n’ai pas de voiture, je consomme local dès que je peux, je limite mes déchets. J’ai un petit appart. Je suis engagé dans plusieurs assos écolos. Je n’ai pas tout de suite fait le lien avec ma pratique de la course. C’est en discutant avec d’autres que le fait de ne pas prendre l’avion, d’essayer d’avoir un mode de vie minimaliste et les sandales : tout est connecté. Je ne fais pas de compétition à l’autre bout du monde parce que, pour moi, on a tout ce qu’il faut en Europe, en France pour faire du trail. Tout ça, c’est une philosophie minimaliste. On va au-delà du matériel. Je m’engage dans des projets sportifs un peu extrêmes, en totale autonomie, même sur les ravitos, sans voiture pour me suivre.
Je ne peux pas en dire trop pour le moment, mais je prépare une belle aventure de ce genre… j’ai hâte »
Une belle opportunité pour valoriser cette vision du sport plus naturelle, respectueuse des humains et de l’environnement et sans ampoules, que nous suivrons attentivement !
Pour en savoir plus sur Olivier Maria, rendez-vous sur son compte instagram !
