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Camille Pic « Avant la perf, il y a l’autonomie et la confiance »

Camille Pic a ouvert son école de vélo 100% féminine le 8 mars 2025. Une date qui n’a rien d’un hasard pour celle qui a eu un véritable coup de foudre pour le vélo, au point d’y consacrer sa vie et de s’engager pour que les femmes soient toujours plus nombreuses à pédaler. 

Camille Pic Monitrice vélo de route

Photo Arthur Ghilini

Retourner aux sources, un coup de pédale à la fois

La carrière de Camille Pic était toute tracée : après une formation en communication et en design de mode, elle démarre sa vie professionnelle décrochant plusieurs postes prestigieux dans l’industrie du luxe. Jusqu’à ce qu’elle enfourche un vélo de route pour la première fois. 

À l’évocation de ce souvenir, ses yeux pétillent : la sensation de liberté, de vitesse et de puissance l’a définitivement fait basculer. Elle se souvient «je n’ai eu besoin d’en faire que trois fois avant de m’avouer que je ne voulais plus courir, je ne voulais plus nager, je ne voulais faire que de la route!».

Dont acte : petit à petit, elle abandonne le running, puis le triathlon pour ne se consacrer qu’au cyclisme. Elle achète son premier gravel et part rouler un mois en Argentine. 

«Quand j’y repense, je me dis que c’était vraiment osé! Je n’avais aucune compétence en mécanique et je ne savais pas tracer de map, et l’Argentine n’est pas du tout un pays de vélo. Mais j’avais besoin de ça à ce moment-là de ma vie.»De retour en France, elle opère un autre changement : elle abandonne le luxe pour travailler chez deux grands noms du sport. Elle en profite pour quitter Paris pour le Nord, puis pour le Pays Basque. «Là-bas, je n’ai pas arrêté de rouler. C’est un terrain de jeu parfait pour le vélo. C’est magnifique. Ça peut être plat comme vallonné.» Mais au bout de quelques années, elle prend un nouveau virage… 

«Les circonstances et… l’amour!» confie-t-elle. Et cette fois, c’est à Chamonix qu’elle repose ses valises, après une incartade à Paris. C’est que Camille est une enfant des Alpes. En retrouvant son amour de jeunesse, elle prend conscience que ce dont elle a besoin, en réalité, c’est d’un retour aux sources, et de se concentrer sur ce qui lui fait vraiment du bien. 

«À ce moment-là, je travaillais dans la fintech et ça ne me convenait pas. Mon conjoint, lui, vivait déjà de sa passion : il est moniteur de ski. Il me demandait si je n’aurais pas plutôt envie d’être dehors, sur mon vélo, toute la journée. Évidemment, qui n’aurait pas envie de ça? Après presque dix ans à en faire toujours plus, et à avoir élargi ma pratique avec le VTT, j’ai pris la question très au sérieux. Pour lui, c’était évident. Il me disait qu’en venant vivre à Chamonix, je pouvais en faire mon métier et devenir monitrice. C’était un énorme changement de vie, mais j’ai quand même commencé à me renseigner. J’ai regardé comment financer ma formation. J’ai rencontré plein de gens qui étaient déjà dans le cursus, pour qu’ils m’expliquent comment ça se passait et quels étaient les débouchés et je me suis lancée.»

GLOW : faire rayonner le cyclisme au féminin

Camille Pic n’aime pas jouer la vie en mode facile : quelques semaines après le début de sa formation, elle tombe enceinte. «Je n’ai pu valider qu’une partie de mon diplôme, parce que la dernière soutenance tombait le jour de mon terme, avoue-t-elle, un grand sourire aux lèvres. J’ai pris le temps d’accueillir ma fille, et j’ai reporté mes examens de six mois.»

Pendant ce temps, Camille ne se contente pas de découvrir son nouveau quotidien de parent. «C’est pendant la formation que j’ai rencontré Lucile, qui est mon associée aujourd’hui. Elle était de Chamonix elle aussi, et on s’est tout de suite entendues. On s’est vite demandé ce qu’on pourrait faire avec nos diplômes. Il y avait plusieurs pistes autour de chez nous : travailler avec des agences, s’associer à des shops ou encore se mettre à son compte. Nous, ce qu’on voulait, c’était monter notre truc. Pendant la formation, on avait pas mal enseigné dans des écoles primaires. À cet âge-là, les filles et les garçons font du vélo pareil. Il n’y a absolument aucune différence de genre. En revanche, en club, au même âge, il n’y a plus de filles. Ou alors, quand il y en a deux, s’il y en a une qui abandonne, l’autre finit par arrêter aussi. Lucile et moi, on est passionnées. Le vélo nous apporte tellement qu’on a trouvé ça dommage qu’il n’y ait que des petits garçons pour en faire. Cela crée des écarts de niveaux qui peuvent être lunaires à l'âge adulte. Ce vide, on a voulu le combler, et c’est comme ça qu’est née Glow, notre école de cyclisme dédiée aux filles et aux femmes.»

 Quand on demande à Camille si son école de cyclisme a une vocation militante, elle hésite. 

«C’est une question compliquée, parce que Lucile et moi, on ne répondrait pas la même chose. Mais quand même, ce qu’on souhaite, c’est voir plus de femmes sur des vélos. On veut qu’elles soient à l’aise. On a envie de les réunir. Mais nos sorties et nos ateliers ne sont pas en non-mixité. Nous sommes associées avec le seul shop en France qui ne fait que des vêtements de cyclisme pour femmes. Alors c’est vrai que la plupart des personnes qui nous contactent sont des femmes. Mais en travaillant avec une boutique qui a pignon sur rue et qui communique beaucoup sur ses événements, on a quand même des hommes sur nos raids et à nos ateliers mécaniques. On est ouvertes à tout le monde, mais on est attentives à ce que les hommes ne prennent pas une place qui n’est pas la leur, en faisant du mansplaining sur comment il faut changer une chambre à air, par exemple. On leur explique notre méthode et nos règles et ça se passe vraiment bien.»

Camille Pic Cycliste

Photo El Flamingo Films

Construire la confiance, pour une performance intelligente

C’est qu’avec Glow, c’est une autre manière de voir la performance que cherche à construire Camille Pic. «Pour le moment, notre public, ce ne sont pas celles qui sont déjà super fortes techniquement. On s’adresse à des gens qui veulent juste débuter, découvrir, se mettre en confiance. Lucile et moi, nous leur proposons une pédagogie rassurante et une ambiance bienveillante.»

Avec ce projet, Camille aspire à ce qu’elle appelle la performance intelligente. «Le cyclisme reste une discipline accidentogène. Chercher à aller absolument vers la performance, sans construire la confiance avant, c’est la meilleure manière de se blesser. Vouloir à tout prix faire un passage technique qu’on ne maîtrise pas en VTT, ou partir dans un excès de confiance parce qu’on vient d’apprendre une nouvelle compétence et c’est la chute. A contrario, en évoluant dans un environnement bienveillant, où on laisse aller les gens peut-être un peu moins vite, on cherche à consolider des bases. Sur le long terme, c’est bien plus efficace et sécurisant.»

Camille ajoute, lucide : «J’ai préparé beaucoup de courses d’ultradistance. Je sais quelle quantité de travail et d’effort ça représente ne serait-ce que d’être sur la ligne de départ. Alors, s’il faut en plus se rajouter la pression du podium ou du record, très peu pour moi! La performance doit s’adapter au niveau de chacun. Si ça fait un an que tu roules, être capable de lâcher les mains, ça c’est de la perf! Cet été, je participerai à l’Étape du Tour Femmes. J’ai déjà fait des épreuves plus difficiles. Mais là, en trois ans, j’aurais vécu deux grossesses et deux post-partum. Je serai juste ravie si j’arrive au bout. Et dans l’avenir, on verra. On ne sait jamais ce que la vie nous réserve! De toute manière, tout ce que je fais, je le fais avant tout pour être fière de moi. C’est ma principale motivation.»

Pour les aspirant.e.s cyclistes, les conseils de Camille sont simples. 

«Maîtriser la mécanique et les réglages de son vélo, c’est absolument indispensable. Avoir un vélo à sa taille et correctement réglé, en termes de traumatologie, ça change tout. Il faut être attentifs à la forme et à la hauteur de la selle. Chez Glow on est capable d’évaluer ça : si tu as mal à tel endroit du genou, c’est que ta selle est trop basse. À tel autre, c’est qu’elle est trop haute. Tu as mal aux doigts? C’est peut-être la position du cintre qui n’est pas adaptée. Prendre soin de soi en cyclisme, c’est d’abord connaître son matériel et savoir le régler. Ensuite, j’ai une formation en naturopathie, donc évidemment, l’alimentation et l’hydratation sont centrales pour moi. Pendant la sortie, je préconise de miser sur ce qui vous fait plaisir. Moi, il m’arrive de manger des mini-saucissons. En revanche, j’essaie de sensibiliser sur ce qu’il faut manger avant et surtout après la sortie pour favoriser la récupération. J’organise régulièrement des ateliers dédiés à ces questions-là. On parle aussi beaucoup de massage à nos stagiaires, avec des soins comme RGENtec, pour soulager les articulations et les irritations liées aux frottements.»

Pour en savoir plus sur Camille, retrouvez-la sur son site web : www.camillepic.com

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