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Axel Carion, ultracycliste : les exploits d’aujourd’hui sont le quotidien d'hier

Démocratiser le cyclotourisme et rendre l’ultracyclisme accessible : c’est le projet d’Axel Carion. Portrait d’un explorateur qui envisage le vélo comme une aventure et qui vit la performance comme une expérience.

Axel Carion Explorateur à vélo

Déconstruire l’image du cyclisme pour le démocratiser

En 2024, le vélo était le moyen de transport individuel le plus vendu en France , devant les deux roues motorisées et même les voitures. Depuis la crise covid, les trajets en vélo ont quasiment doublé. C’est flagrant, surtout dans les grandes villes : la petite reine a opéré un retour en grâce qui semble s’installer durablement.

On aime le vélo, c’est vrai, mais surtout comme moyen de locomotion. On l’utilise pour aller au travail, ou pour des trajets utilitaires. La pratique du vélo en tant sport, en revanche, stagne. En 2020, 5,5 % des Français de plus de 15 ans déclaraient faire du VTT régulièrement. Le vélo de route, lui, n’était pratiqué que par 1 % de la population. Les JO de 2024 ont mis un coup de projecteur sur les sports cyclistes, la FFC ayant enregistré une augmentation de 20 % de licenciés, notamment en BMX. Mais avec moins de 20 000 licenciés en tout, on reste sur une pratique encore trop confidentielle. Pourquoi ?

Le diagnostic d’Axel Carion est sans appel. « Nous avons été aveuglés par les grandes compétitions de vélo les plus médiatisées. Le cyclisme souffre des idées reçues du sport performance. On la voit comme une discipline masculine, où il faut rouler en groupe à 50 km/h sur des engins qui coutent très cher. On nous a mis dans la tête des histoires légendaires qui n’existaient pas. Il est urgent de déconstruire cette vision. »

Justement, changer l’image du vélo, valoriser d’autres récits et proposer des expériences qui questionnent le concept même de performance, c’est le défi qu’il a choisi de relever.

Le coup de foudre d’Axel Carion pour l’ultracyclisme

Axel Carion a découvert le cyclotourisme et l’ultracyclisme en sautant directement dans le grand bain.

« Je suis rentré dans le milieu en traversant la Slovaquie et l’Ukraine en passant par les Carpates sur 1200 km. Un vrai stage commando ! Je suis parti avec un vélo de 45 kg, ma tente deux secondes et un énorme duvet. Je n’avais jamais dormi dehors à vélo, jamais cuisiné dehors comme ça. Ça m’a foudroyé. C’était il y a 15 ans, et ça a fait lentement dérailler ma vie jusqu’à ce que je crée le BikingMan pour à mon tour partager ce que mes amis m’avaient fait vivre à l’époque. »

Axel Carion se présente comme un explorateur. Ce qu’il cherche quand il part en expédition, c’est de vivre le lien entre les paysages et les migrations, et de comprendre pourquoi et comment les groupes d’humains se déplacent. Sa passion pour les reliefs et les environnements a grandi en même temps que sa pratique. « Le vélo qui m’a fait découvrir des lieux incroyables. Pédaler pour traverser le Pérou, par exemple, m’a permis d’approcher des gens que je n’aurais pas vus dans les circuits touristiques traditionnels. C’est un mode de voyage plus lent. Sur ton vélo, tu pénètres dans le territoire. Littéralement. Tu laboures la terre », explique-t-il.

Cependant, ne décrire Axel Carion que comme un voyageur serait réducteur, tant il semble animé par la volonté de transmettre sa passion du cyclisme et une nouvelle vision de la performance.

« La technique nous a aveuglés. Le quotidien d’hier, ce sont les exploits d’aujourd’hui. Découvrir d’autres cultures que la mienne à vélo m’a fait prendre conscience que les conditions dans lesquelles nous vivions il y a quelques dizaines d’années et que vivent encore énormément de gens autour du monde sont bien plus difficiles que n’importe quelle performance sportive.

On a cette image du vélo qui s’est développé autour de la compétition, alors que le vélo a aussi permis de faire la jonction entre le déplacement à cheval et les véhicules motorisés. Les voyageurs à vélo du 19e siècle ont réalisé de vrais exploits, avec des porteurs et leurs appareils photo qui pesaient 25 kg. Le cyclotourisme et l’ultracyclisme opèrent en fait un retour aux sources. »

Axel Carion Ultracyclisme

S’émanciper de la pratique du cyclisme

Nostalgique Axel ? Au contraire : pour lui, revenir aux fondamentaux du cyclisme pour dédramatiser la pratique ne suffit pas.

« On vit un moment clé, soutenu par un développement faramineux de la technique, porté par les équipementiers dont RGENTec fait partie.

Là où le cyclisme était il n’y a pas si longtemps un sport élitiste, il devient de plus en plus accessible. Avec un vélo, l’humain a un rendement énergétique incroyable. Et par-dessus le marché tout un tas d’innovations ont permis de casser les codes. Le vélo avec lequel je suis parti en Slovaquie était équipé de gros braquets. Il était très lourd. C’était épuisant et donc difficilement accessible. Et je n’avais pas accès au même matériel et aux mêmes soins qu’aujourd’hui. Quand on me dit “ah non, le vélo, ce n’est pas pour moi, ça me fait mal au dos ou aux fesses ”, ce n’est que le signe d’un équipement et de soins de récupération inadaptés. Finalement, les marques qui innovent comme RGENTec , accompagnent la pratique et nous permettent de nous émanciper. »

C’est ça le grand projet d’Axel Carion : émanciper la pratique du cyclisme, en conjuguant la performance avec l’expérience et en proposant une pratique inclusive, accessible, humaine et pleine de joie. Quand il parle du BikingMan, le circuit d’ultracylisme qu’il a lancé en 2015, il n’est que peu question de records ou de classement. Ce qu’il offre, c’est une aventure, une expérience.

« J’ai imaginé le BikingMan comme une bulle qui répondait à un besoin communautaire de vivre des expériences transformatrices. C’est un voyage. L’approche est moins radicale et moins effrayante que pour d’autres sports d’ultraendurance. J’ai de plus en plus de participants qui viennent du trail et qui ne peuvent plus courir parce qu’ils ont les genoux trop abîmés. Alors que sur les courses du BikingMan, ce n’est pas exceptionnel d’avoir des athlètes de plus de 75 ans qui arrivent au bout des épreuves. Le vélo est un sport porté, plus doux pour le corps. C’est un autre type d’endurance. On est sur une résistance lente, longue et non pas un effort de VO2 max. ça aussi, ça rend la discipline plus inclusive, parce que la physiologie des femmes est idéale pour ce genre d’effort. En 2023, c’est d’ailleurs une femme, Laurianne Plaçais qui a remporté le général du BikingMan, largement devant les hommes. Elle les a atomisés ! »

Si le format des courses peut sembler impressionnant à première vue, il a été imaginé pour toutes celles et ceux qui voudraient se lancer dans les meilleures conditions.

« Nous avons mis au point un format 500 km avec un cut off à 60 h et un format à 1000 km avec un cut off à 120 h. Concrètement, ça correspond à 180 km par jour pendant trois ou six jours avec des sacoches. On laisse le choix aux participants : soit ils partent à bloc sans dormir, doit ils y vont à leur rythme en se réservant une petite chambre d’hôte le soir. Devinez quelle configuration remporte le plus de succès ? »

Pour plus d’infos sur le cyclisme ultra longue distance et sur le BykingMan, retrouvez Axel sur sa chaîne YouTube et sur celle du Bikingman.

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