Après un titre de championne de Belgique et une spectaculaire 10ème place l'épreuve de Coupe du Monde d’escalade à Bali, rien ne semble arrêter l’ascension de la grimpeuse belge. Et si le secret des performances d’Héloïse Doumont, c’était sa joie de vivre, et un mental résolument positif ? Portrait.

Edit :
Le 29 juin 2025, Héloïse Doumont s'est classée 7e de la finale de l'épreuve de difficulté (lead) de la manche de la Coupe du monde d'escalade d'Innsbruck. Une première finale de coupe du monde largement méritée !
L’irrésistible ascension de la championne belge d’escalade.
Héloïse Doumont débute l’escalade presque par hasard, alors qu’elle n’a que 7 ans. À peine ses mains posées sur les prises, elle est contaminée par le virus de la grimpe. Vingt ans plus tard, c'est sa vie entière qu'elle consacre à ce sport.
Le parcours de la double championne de Belgique n’a pas été un long fleuve tranquille. En 2021, la passion n’y est plus. Elle décide d’arrêter sa carrière, avant de renfiler ses chaussons quelques mois plus tard. Là, c’est un accident de ski et une rupture des ligaments croisés qui la tiennent éloignée des blocs pendant une nouvelle année.
Il faut croire qu’il en faut beaucoup plus que ça pour stopper Héloïse. Son retour, elle le signe en décrochant son premier titre de championne belge d’escalade de difficulté. Depuis, celle qui a été classée troisième aux championnats du monde jeunesse en 2017 enchaîne les succès. Après avoir été 27ème mondiale en escalade de difficulté en 2024, elle s’offre déjà une 15ème place à Wujiang, en Chine pour la première manche de la Coupe du Monde d’escalade sportive de lead et une 10ème place lors de la deuxième manche à Bali, en Indonésie.
Son objectif pour la saison 2025 ? « Je vais tout faire pour aller chercher un top 10. Mais je ne me suis jamais sentie aussi forte, alors pourquoi pas un top 8 ? ».
De la performance physique à la performance mentale : le déclic d’Héloïse Doumont
L’assurance et le mental d’Héloïse Doumont impressionnent. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. « J’ai traversé une grande période de doute. J’avais la sensation d’avoir atteint un palier. Physiquement et techniquement, j'étais puissante. Pourtant, dès que je commençais à fatiguer, je tombais. Ça a eu un vrai impact sur mon moral ». À tel point qu’elle n’arrive pas à se réjouir tout à fait de son nouveau titre de championne de Belgique. « J’étais contente de gagner, bien sûr. Mais je n’étais pas satisfaite de ma performance. J’aurais voulu faire mieux. »
Pour pallier à cette faille, Héloïse axe sa préparation sur la gestion de sa lucidité dans l’effort. Jusqu’à ce qu’elle croise le chemin d’une psychologue du sport. « J’ai eu un vrai déclic. J’ai compris que je me mettais beaucoup trop de pression. Je me sentais en compétition contre moi-même. Je voyais les autres grimpeuses comme des rivales. Ce travail sur ce qu'il se passe dans ma tête est presque aussi difficile que celui sur mon corps, mais il m’a permis de prendre beaucoup de recul et de gagner en maturité. Aujourd’hui, mon objectif, c’est de m’amuser, de me dépasser et d’apprendre de nouvelles choses. » Elle ajoute « depuis peu, je travaille aussi à mi-temps dans une salle. Je vais même me former pour devenir coach d’escalade. Mine de rien, ça m’aide beaucoup à prendre du recul. »
Cette expérience inédite de travail psychique a changé son regard sur la performance. « Désormais, je vois ça comme un dépassement de soi. C’est une forme d’accomplissement. »
Est-ce que ça fonctionne ? « Ce n’est pas magique, il m’arrive encore de tomber et de douter. Mais en même temps, je ne me suis jamais sentie aussi bien et aussi confiante. » À voir son large sourire quand elle raconte son parcours, ce qu’elle appelle son « changement de mindset » lui apporte aussi beaucoup de plaisir.

Toujours, active, jusque dans la récupération
Ce qui saute aux yeux avec Héloïse Doumont, c’est la quantité d’énergie solaire qu’elle dégage. Difficile d’imaginer celle qui peut s’entrainer jusqu’à 40 heures par semaine à l'arrêt. D’ailleurs, quand on lui parle de récupération, elle sourit : « Chez moi, elle ne peut être qu’active. Je récupère dans l’entrainement : je marche, je cours, je fais du vélo, je fais des voies moins dures. »
Le repos ? C’est presque une angoisse ! « Je vais bientôt entrer en phase d’affûtage pour les épreuves de la coupe du monde, et ces périodes-là me font toujours stresser. Est-ce que ça ne va pas me faire perdre ? J’ai tellement l’habitude d’être toujours à fond que ces moments où je n’ai ni courbatures ni douleurs, je les trouve étranges ! »
Mais à y regarder de plus près, en réalité, la grimpeuse a su trouver une recette qui lui convient. « Je ne suis pas à 100% tout le temps. Je me ménage des espaces ou je fais moins. Je fais toujours très attention à mon sommeil, à mon hydratation et à mon alimentation. Je m’automasse, et je fais des séances de kiné régulièrement. Il m’arrive même de faire des choses dont je sais que c’est plus placébo qu’autre chose. Mais le cerveau est une machine puissante et compliquée, alors si ça fonctionne malgré tout, je prends ! Là où c’est plus difficile pour moi, c’est de débrancher un peu ce qu’il se passe dans ma tête, pour qu’elle aussi, elle récupère. Dernièrement, j’ai trouvé une astuce : je me suis mise à courir tranquillement, en écoutant des épisodes de mes séries préférées. Ça fonctionne très bien. »
Ce qu’il faut retenir de l’expérience d’Héloïse Doumont ? C’est que lorsqu’il est question de performance physique comme de récupération, l’essentiel, c’est de trouver une formule qui convienne à votre personnalité. L’autre leçon qu’elle nous transmet, c’est que la partie du corps la plus difficile à travailler, qu’on fasse du sport à haut niveau ou en amateur, ça reste le mental. Enfin, la clé pour progresser, c’est la passion couplée à l’envie d’apprendre de nouvelles choses.
Gageons qu’avec un tel état d’esprit, Héloïse fera des étincelles lors de la manche de Coupe du Monde à Chamonix en juillet 2025!